Armes (autres qu’épées)

William Blanc

Si l’épée est, de très loin, l’arme reine du médiévalisme, le reste de l’équipement guerrier médiéval est lui aussi sujet à de multiples représentations signifiantes depuis le xixe siècle. De prime abord, chaque armement renvoie à une catégorie de personnages dans les fictions inspirées par l’époque féodale. L’épée est l’apanage des chevaliers, alors que la hache désigne soit les populations barbares, comme les Vikings, soit les classes laborieuses. C’est ainsi l’une d’entre elles qu’utilise le Grand Ferré, héros du roman national français célébré tout au long des xixe et xxe siècles, pour chasser les Anglais.

Les masses d’arme connaissent de leur côté un parcours plus ambigu. Associées, au Moyen Âge, à des fonctions d’autorité, elles symbolisent chez les régionalistes flamands de Belgique l’arme nationale et populaire qui a permis la victoire des milices communales sur les chevaliers « français ». Mais la plupart du temps, elles renvoient à une vision déformée du Moyen Âge, perçu comme une époque brutale et réduite souvent à la barbarie supposée du temps des « grandes invasions ». Durant la Grande Guerre, il est ainsi courant de représenter les Allemands, régulièrement qualifiés de « Huns », portant une masse hérissée de pointes, comme dans un numéro du magazine anglais Punch en mai 1916. Sans surprise, chez Tolkien, la masse est l’arme des personnages maléfiques. Dans Le Silmarillion (1977), on peut lire que le seigneur ténébreux Morgoth part au combat avec sa gigantesque masse Grond, le « Marteau des Enfers ».

Le fléau, arme articulée constituée d’un manche et d’une chaîne à l’extrémité de laquelle est attachée une boule métallique parfois couverte de pointes, reprend les caractéristiques de la masse en les exagérant. Dans le film Ivanhoé (1952) de Richard Thorpe, l’antagoniste du héros, le chevalier de Bois-Guilbert, en emploie une lors du duel final, qu’il finit par perdre parce que la chaîne de son arme se prend autour du manche de la hache de son adversaire. Ici, l’arme sert de symbole moral en se retournant contre son porteur. Par la suite, les films et jeux de rôle de fantasy font un usage important des fléaux, en les associant avec les créatures les plus brutales et en exagérant largement leur taille, comme celui gigantesque que manie le Roi-Sorcier d’Angmar dans Le Retour du Roi (2003) de Peter Jackson.

Les armes de jet constituent une catégorie bien à part. Parce qu’ils ont symbolisé la victoire aux xive et xve siècles d’osts de piétons (et de roturiers) sur des chevaliers montés, l’arbalète et l’arc, comme la hache, sont employés dans les fictions médiévalistes par des héros associés aux classes populaires et incarnant une proto-démocratie, comme Guillaume Tell ou Robin des Bois. Dans Les Aventures de Robin des Bois (1938) de Michael Curtiz, on oppose la légèreté de l’archer Robin à la lourdeur des armures des seigneurs normands qu’il combat. Le poids de ces équipements de protection, très exagéré notamment depuis les romans Un Yankee du Connecticut à la cour du Roi Arthur de Mark Twain (1889) puis L’Épée dans la pierre de T.H. White (1938), symbolise la pesanteur du système féodal et monarchique alors que les personnages issus du peuple se distinguent par leur vivacité presque aérienne, image que l’on retrouve tant dans le dessin animé Mickey au Moyen Âge (1933) produit par Walt Disney que dans Les Onze Fioretti de François d’Assise (1950) de Roberto Rossellini, où le seigneur-brigand Nicolaio, engoncé dans ses lourdes protections de métal, incarne le bellicisme et le totalitarisme.

Au début du xxie siècle, les arcs se chargent d’une nouvelle symbolique en étant maniés par des femmes, comme dans le film Le Roi Arthur (Antoine Fuqua, 2004) ou dans la version cinématographique du Hobbit (Peter Jackson, 2012-2014). Ils constituent alors un moyen d’intégrer des guerrières dans des scènes de batailles tout en les distinguant des hommes, en valorisant leur adresse dans un combat à distance perçu comme moins violent et sanglant.

Parce qu’elles sont apparues à la toute fin du Moyen Âge, les armes à feu en sont venues à représenter l’automne de cette époque. Les fictions médiévalistes opposent ainsi régulièrement l’image du chevalier pur et courageux, combattant honorablement à l’épée, et celle de l’antagoniste lâche utilisant un pistolet ou un fusil, symboles d’une modernité destructrice. C’est particulièrement vrai dans les films japonais mettant en scène des samouraïs, comme Le Garde du corps (1961) puis Kagemusha, l’ombre du guerrier (1980) d’Akira Kurosawa. Pareillement, les oeuvres représentant le Moyen Âge ont longtemps exclu arquebuses et bombardes, comme si leur présence ne s’accordait pas à l’image associée à cette période. La fantasy change la donne, notamment parce que les mondes imaginaires créés par les auteurs de ce genre se caractérisent par un mélange de diverses époques préindustrielles. À partir des années 1980, des Vikings peuvent côtoyer des flibustiers du xviie siècle dans certains univers transmédiatiques comme celui du jeu de figurines Warhammer.

On le voit, ces exemples montrent bien que la représentation des armes dans les fictions médiévalistes renvoie surtout à des stéréotypes qui n’ont pas grand-chose à voir avec la période médiévale.

Bibliographie

Jacquet, Daniel, Combattre au Moyen Âge, Paris, Arkhê, 2017.

Raynaud, Christine, « À la hache ! » Histoire et symbolique de la hache dans la France médiévale (XIIIe - XVe siècles), Paris, Le Léopard d’or, 2002.

Voir aussi : Chevaliers et chevalerie, Épées et armures, Guerres